Grégory Chatonsky

Je ressemblerai à ce que vous avez été III

Du 30 / 04 au 08 / 08

« Je ressemblerai à ce que vous avez été » promet la machine.
Nourrie des milliards de données du réseau, une intelligence artificielle – devenue capable de créer images, textes, et sons à partir d’originaux – produit un monde de ressemblances, proche de notre monde connu, mais divergeant. Installée dans ce qui revêt les apparences d’un data center, elle semble continuer à nous rêver, malgré la disparition de l’espèce humaine.

Des structures en aluminium rythment l’espace. Ici et là sont disséminés des sculptures d’organismes potentiels, formes inabouties, tentatives d’existence avortées.

Un mur d’écrans synchronisés, à la manière d’un tableau de bord boursier devenu outil des spéculations futures, fait défiler devant nos yeux les images de l’histoire de l’exploitation de la terre par l’être humain.

Ailleurs, des écrans nous font naviguer à la surface de terres en mutation, planètes alternatives, nouveaux habitats possibles auxquels répondent d’autres territoires : au premier abord images d’écorces terrestres, en vérité images de peaux, attaquées par le cancer.

Du fond de l’espace, comme émergeant d’une caverne, une voix tantôt masculine, tantôt féminine, vient jusqu’à nous depuis une sculpture de corps « inversé », sorte de membrane victime d’auto-ingestion. Elle nous raconte le rêve interplanétaire d’un virus passant d’une planète à l’autre pour infester les corps.

Que voit-on ? L’avenir, un rêve, un désir, une prophétie autoréalisatrice…? La folie paranoïaque d’un data center, le délire de la machine…?

Quelque soit la réalité de ce monde, la matière – organique ou inerte, technique ou naturelle – y semble exploitée de manière incontrôlée, inconsidérée, compulsive. La frénésie extractiviste1 qui se révèle constitutive de toute chose laisse pressentir l’imminence de l’effondrement d’un monde lancé dans une course folle, une sorte d’« amok »2, rage irraisonnée et dévorante qui ne semble pouvoir trouver d’issue que par un retour au néant.

 

 

1 L’extractivisme définie l’exploitation massive des ressources de la nature ou de la biosphère. La notion d’extractivisme est large et polysémique puisqu’elle désigne toutes les formes et tous les moyens d’exploitation industrielle de la nature.
2 Le mot « amok » provient du mot malais « amuk » qui signifie « rage incontrôlable » ou « folie meurtrière », pouvant désigner aussi bien la personne atteinte que la crise elle-même. Utilisé en psychiatrie pour décrire un comportement meurtrier sans discernement, le mot est employé dans l’espace anglo-saxon dans l’expression « to run amok », décrivant de manière plus large un comportement ou une situation devenant hors de contrôle.

 


Crédits photos :
Grégory Chatonsky, DR

Du mardi au dimanche : 14h – 19h
(sauf jours fériés)

Je ressemblerai à ce que vous avez été III

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33700 Mérignac

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